Les modes de construction

Retour page d' accueil

Les greniers sont, sauf exceptions,  bâtis au moyen de plateaux de bois d' essences propices à la construction : rarement le chêne, très souvent l' épicéa et mieux, le mélèze dans les hautes vallées orientales . Les plateaux sont posés horizontalement les uns sur les autres, chevillés au moyen de pointes de bois ;  leurs extrémités dans les coins sont assemblées à mi-bois pour les plus rustiques ( les plus anciens ?), à queue d' aronde et à poteaux d' angle avec rainures pour les plus travaillés .

                         plateaux montés à mi-bois                                 maisosn construite à mi-bois      



           les piliers d' angles            plateaux avec poteau d' angle          
                                                                                                             


                        les queues d' aronde                                                     queue d' aronde                                                              



Les plateaux sont généralement réguliers, d' une longueur de 3 m à 3,50 m . Leur largeur est d' une trentaine de centimètres et leur épaisseur d' une dizaine de centimètres .

Cette construction repose sur divers types de soubassements :
- des pierres plates disposées sur le sol aux quatre coins et en position intermédiaire,  pour supporter les quatre plateaux de la base assemblés en carré et qui reposent dessus, et les poutres qui supportent le plancher .
- des pierres surélevées d' une pierre plate sur laquelle repose le plateau afin d' empêcher les rongeurs d' y accéder .
- une cave maçonnée et semi-enterrée sur laquelle est posé le grenier .

Pierres plates qui empêchent les rongeurs d' atteindre le grenier                         les pierres plates des raccards                      grenier posé sur la cave

Les quatre gros madriers de la base reposent horizontalement sur ce soubassement et se croisent aux angles à mi-bois .
Ces quatre madriers sont rainurés intérieurement pour accueillir les planches du plancher . Une astuce de construction permet aux planches de pénétrer dans les quatre rainures des madriers et de consolider ainsi la base du grenier .
Les planches du planchers sont elles-même rainurées et s' emboîtent l' une dans l' autre .

Sur ces quatre gros madriers de la base se posent les autres plateaux, moins épais (une dizaine de centimètres) .

Un côté est occupé par la porte qui se place entre deux montants verticaux . Le madrier de base sert de seuil qu' il faut enjamber, et le haut de la porte impose un abaissement de la tête . Le haut de la porte présente une découpe particulière en demi-disque, ménagée peut-être pour faciliter le passage d' un homme portant un sac sur l' épaule ?

   Porte arrondie en sa partie supérieure        clé et serrure

La grosse clé verrouille la grosse serrure, l' une et l' autre réalisées en fer forgée par le forgeron du village .

Le plateau surmontant la porte porte traditionnellement la date de fabrication du grenier . Les initiales du premier propriétaire peut l' encadrer, ainsi que des symboles religieux protecteurs gravés dans le bois, ou une croix clouée sur la porte .

La façade opposée à celle de la porte est percée d' un trou d' aération rectangulaire protégé d' un grillage, qui permet la ventilation du grenier .

Un empilement d' une dizaine de plateaux par face réalise le cube primaire   .

Aucun clou n' est utilisé pour cette partie de la construction (parfois le plancher de sol peut-être cloué aux poutres de support ) .

Le haut de cube peut être prolongé par deux pignons eux aussi en plateaux . Des planches ferment alors les deux pans du toit : ces planches s' emboîtent dans les rainures de la poutre faîtière et sont clouées sur les  plateaux du haut .
Les pannes du toit sont clouées sur cette assemblage : une panne faitière et deux pannes sablières .

Grenier avec pignons

Ou alors le cube primaire peut être  fermé par un plancher d' étage lui aussi cloué et reposant sur deux petites poutres de support . Le grenier a alors la forme d' un cube . Les quatre derniers madriers ferment alors l' ensemble avec des emboîtements à mi-bois .
Une petite charpente qui repose sur ces madriers supporte alors les pannes du toit : la panne faîtière supportée par deux poutres verticales, et les pannes sablières posées à même les derniers madriers .

charpente cachée                                                   la charpente est visible, posée sur le cube              
 La charpente est cachée par un lambris vertical                        La charpente est visible, posée sur le grenier en forme de cube.

Sur les pannes sont cloués les chevrons largement débordants qui protègent ainsi les façades de l' humidité . Les chevrons supportent la couverture de tavaillons, d' ardoises, de tuiles, de tôles ... La qualité de cette couverture garantit la pérénité du grenier .


Un mantelage peut protéger le grenier sur une, deux, trois ou quatre façades : c' est un revêtement de planches dressées verticalement, parfois recouvertes de tavaillons .
Dans ce cas, une plateforme de bois peut être installée devant la porte ; une barrière de palines travaillées peut former une galerie .

Mantelage de planches verticales               mantelage en tavaillons               Plateforme de la porte

Ce modèle de cube primaire peut servir de base à la construction de bâtiments plus grands, lorsque ces cubes sont superposés pour former un grenier double, ou accolés l' un à côté de l' autre ; trois greniers ou quatre peuvent être assemblés pour constituer un ensemble dans lequel chaque pièce a une fonction : conservation des divers objets ou aliments, et parfois même chambre à coucher pour ouvrier agricole temporaire .
L' espace entre le mantelage et les plateaux sert de passage, de rangement .

escalier extérieur du grenier double                                 Greniers accolés

Dans le cas du grenier double ou triple, on accède à la pièce de l' étage soit au moyen d' une échelle amovible intérieure, soit d' une échelle de meunier fixe . Un escalier extérieur peut aussi mener à une plateforme posée devant la porte du haut . Un balcon de palines travaillées sert alors de garde-corps .

Les plateaux, madriers, poutres, chevrons, planches étaient dans les temps anciens sciés par des scieurs de long, qui débitaient sur place les grumes coupées . Les madriers, poutres et plateaux pouvaient aussi être taillés à la hache ou à l' herminette . Les faces ne présentaient pas alors la régularité qu' apporte la scie .
Puis avec la généralisation des scieries de moulin, la battante débitait le bois avec une précision accrue ; l' observation du bois coupé permet de déterminer le mode de façonnage utilisé .

Aujourd' hui, le grenier est recherché à la fois par l' amateur d' antiquités savoyardes, conquis par la beauté, le côté esthétique et fonctionnel de l' objet, véritable chef-d' oeuvre du génie créatif populaire, et par l' habitant de la campagne qui cherche à embellir sa propriété au moyen d' un produit typique et traditionnel .

De ce fait, les greniers sont vendus, démontés, voyagent puis sont remontés après parfois avoir subi des transformations des façades  : ouverture de fenêtres, agglutination de greniers simples ou doubles pour former un chalet d' habitation etc.

Fenêtre dans la façade

Nous souhaiterions pouvoir convaincre nos lecteurs, amateurs de greniers, de ne pas dénaturer l' objet qu' ils ont acquis par des modifications contre-nature .
De plus, ne faisons pas voyager le grenier hors des limites de la Savoie historique : il se morfondrait d' ennui dans des paysages qui ne sont pas les siens, loin du climat qui lui a imposé sa forme, son rôle et les matériaux utilisés pour sa construction !


Retour page d' accueil