Les Walser
Les Walser constituent une ethnie appartenant à la
communauté
germanique . Installés entre les V° et IX° siècle
au coeur des Alpes helvétiques, ils migrent par petits groupes
au delà de
col du Grimsel et atteignent le Haut Valais, territoire qui correspond
au cours supérieur du Rhône . Ils s' installent dans ce
domaine de haute montagne peu peuplé et le mettent en valeur en
expérimentant les techniques d' élevage qui favoriseront
leur prospérité .
Ils prennent le nom de cette vallée : Vallis, Wallis : Walliser,
Walser .
Devant l' accroissement de la population, ils se mettent en quête
à partir de 1200 de nouveaux espaces à coloniser . Ils
atteignent Leuk au XIII° siècle, Sierre au XV° .
Ils continuent leurs pérégrinations en direction des
Grisons, de l' Autriche, des vallées méridionales du
Monte Rosa, et dans une moindre mesure de la Savoie .
A cette époque d' accroissement de la population en Europe, les
Alpes n' échappent pas à la nécessité de
mettre en valeur de nouvelles terres . Les ordres religieux, qui ont
reçu les hauts des vallées en donation des seigneurs
afin
d' y construire les monastères loin de l' agitation du
siècle, se trouvent confrontés
à un problème de recherche de main d' oeuvre capable et
travailleuse .
LE
MONDE DES WALSER :
carte d'
après Paul Guichonnet, Les Walser duHaut-Giffre et du Chablais
En 1206, l' abbaye bénédictine de Saint Jean d'
Aulps (près de Morzine) reçoit une redevance des
colons
alémaniques pour le droit d' exploitation des alpages de
Samoëns .
Ces colons paraissent déjà installés dans les
montagnes en amont de Morzine (hameau des Allamands), de Samoëns
(un autre hameau dénommé les Allamands) et de Sixt .
Le Prieur Bénédictin de Chamonix, Richard de Villette,
concède le 14 mai 1264,
aux "Allamans " walser la moitié de la Vallis Ursina
(la vallée aux ours, Vallorcine) avec comme contrat de s' y
installer, de mettre le territoire en valeur et de payer redevance pour
cela .
Plusieurs siècles de cohabitation avec les populations voisines
ont dilué tout particularisme culturel dans ces vallées .
Quelques toponymes garderaient encore le souvenir de la langue
germanique : Bostan, Tenneverge ...
Mais le trait le plus indéniable de cet héritage walser
est la permanence, unique en Savoie, de ce bâtiment si
répandu
en Valais, le raccard .
Bâtiment d' assez grandes dimensions, il est construit au moyen
de madriers équarris assemblés à mi-bois aux coins
.
Le bâtiment repose sur une structure de poutres, sur lesquelles
il est posé au moyen de piliers carrés formant pilotis .
Taillés en pointes ou reposant sur des pierres plates, les
piliers ne permettent pas aux rongeurs d' accéder aux
pièces du haut .
On y rentre par une grande porte à double battant .
Son intérieur enferme deux grandes aires, l' une où se
faisait le battage du blé, et la deuxième où se
stockait la paille .
Le foin pouvait aussi s' y ranger pour y être séché
.
Le dessous du bâtiment, construit en pierres, servait de cave
à légumes ou au rangement des divers outils aratoires .
Une étude mentionnée par Claudine Remacle et Danilo Marco
dans l' article "Du bois dont on fait les raccards" (article figurant
dans la bibliographie) a estimé que pour la construction d' un
raccard du val d' Ayas ( vallée du Val d' Aoste, au pied du Mont
Rose), plus de 200 arbres avaient été nécessaires
: 150 arbres pour les parois, une cinquantaine pour les planchers, sans
compter ceux servant à la charpente ... Un travail de titan !
Très nombreux au début du XX° siècle, les
raccards ont disparu peu à peu du paysage de ces vallées,
abîmés puis détruits par le manque d'
entretien ou vendus et transformés
en résidences secondaires, quand ils n' étaient pas
démontés pour être déplacés en un
autre lieu .
On peut malgré tout encore observer à Sixt et Vallorcine
les derniers témoins de cette histoire millénaire,
commencée voilà longtemps dans les vallées
lointaines du centre de la Suisse .